La sentence a été « rendue »

La période de bleusaille n'est pas particulièrement réjouissante pour les étudiants d'un institut dont je ne mentionnerai guère le nom ici, mais qui se situe quelque part en Afrique australe. Elle l'est beaucoup moins pour une nouvelle recrue qui n'a pas su honorer une dette auprès d'un aîné. Tel est le cas de Dimitri, membre de la confrérie gamma lambda omicron (γ, λ, ο), qui s'est emprunté 900 $ US chez Julius, un carabin en 4e année. Le sieur Dimitri a usé de tous les moyens de persuasion, voire de diversion, afin de ne pas payer la somme à échéance. Rien n'y a fait. Désormais en situation inconfortable d'insolvabilité, le gars se retrouve dans de sales draps ou plutôt... allongé à même le sol, nu comme un ver, et attaché aux poignets et aux jambes. Tout autour de lui, trois garçons et trois filles des classes montantes, parmi lesquelles Julius. Ils portent tous une espèce de robe brunâtre surmontée d'une Cape, à la manière des calottins. Légèrement au-dessus du groupe, sur une table, une superbe étudiante en droit de première licence, au corps de rêve, ayant pour tenue de longues bottes rouges, une minijupe noire et un soutien-gorge bleu. Sous ses formes généreuses se dessine un ventre bedonnant. Bridget, qu'elle s'appelle, a en effet rempli sa panse à dessein. À travers son gosier sont passées purée de courge, soupe de carotte en quantité industrielle, 3 assiettes de crudités et une boîte d'un litre de jus de goyave. La gloutonne, végétarienne de son état, dans cette cérémonie sui generis, fait office de juge. Je vous épargne le long réquisitoire de l'étudiant de première année d'économie qui a joué le rôle du ministère public et entame directement l'étrange verdict prononcé par Bridget, fortement nauséeuse : « Frère Dimitri, pour non-paiement de la dette contractée auprès du frère Julius, votre aîné, la confrérie γ, λ, ο vous condamne à un arrosage des fluides gastriques qui fait également office d'annulation de ladite dette ».
Sans tarder sous un chant faussement incantatoire entonné par l'assistance, la jolie jeune fille se penche en direction du coupable attaché. Durant plusieurs secondes, un impressionnant jet formé de jus de goyave et de divers morceaux mal mâchés se propulse violemment de la bouche de l'étudiante et recouvre entièrement les jambes de Dimitri. Sautant de la table, Bridget pose ses divines cuisses sur celles de l'insolvable en s'agenouillant carrément sur les genoux de ce dernier. Ses douces mains appuyées sur le sol, elle lance un rot sec qui libère une autre prodigieuse expulsion liquide et visqueuse vaguement orangeâtre qui se répand magistralement sur le torse de Dimitri. Le garçon ne cache guerre une expression de dégoût, ce qui amuse la juge de circonstance qui lui lance un regard malicieux et vicieux. Retirant ses mains du sol, la jeune fille les joint en formant un creux. L'éructation suivante projette une gerbe moins abondante, mais plus pâteuse, qui atterrit en partie sur les mains jointes, le reste dégoulinant en filets multiples. Le vomi est délicatement versé sur le visage du condamné et appliqué tel une lotion par les mains mêmes qui l'ont reçu. Le dernier rejet, sous une toux bruyante, tombe nonchalamment sur la tignasse fournie de Dimitri et est formé d'une humeur poisseuse parsemée de gros morceaux de crudités.
Fort ravie de la sentence rendue (au propre comme au figuré), la juge improvisée se lève, essuie ses lèvres et ses mains souillées et ordonne la libération du malheureux qui a purgé sa peine d'une bien étrange manière.
Croyez-vous que par après, Dimitri ait porté plainte pour violence et voie de fait ou pour toute autre infraction du genre contre ses tortionnaires ? Détrompez-vous ! Depuis cette mémorable punition, les liens que tisse le garçon avec la confrérie sont devenus encore plus solide...!