Le stéréotype de l'Hawaiien lambda est un individu quelque peu corpulent adorant faire la bringue du matin au soir et du soir au matin, amateur de la bonne chère et des plaisirs moins innocents. Assurément un mauvais cliché. Quoique...

Melinda, certes, n'adore guère les longues libations entre potes, tout comme elle n'est pas particulièrement friande des ébats sexuels prolongés. Néanmoins, notre habitante d'Honolulu de 33 ans voue un culte effréné à aux choses du palais. Loin de figurer parmi les fins gourmets, la jeune femme en surpoids, forte de son mètre septante-cinq et de ses 107 kg, bouffe tout ce qui lui tombe entre ses mains. Elle achève tout justement un petit déjeuner à la mesure de son solide appétit : gros poulet, sandwich fait maison de taille respectable, montagne de frites au ketchup et pour faire passer tout ça, une bouteille de coca d'un litre et demi suivie d'une pareille quantité de lait. Melinda est sur le point de vider sa choppe lorsqu'elle s'aperçoit, écœurée, qu'une blatte, voulant s'essayer à la natation en milieu lacté, y a rendu son âme d'insecte. La bestiole gît au fond du verre, avec deux pattes en moins.

Dégoûtée à l'extrême, la femme enveloppée se dirige vers les toilettes. À sa désagréable surprise, c'est fermé de l'intérieur : son copain prend un bain. Étourdie par l'envie de dégueuler qui devient insupportable, Melinda ne songe même pas à courir à l'évier de la cuisine. Elle ouvre plutôt la porte de l'appartement menant au couloir. Elle y fait quelques pas, se penche et sans une éructation, sous un son peu plaisant, elle expulse énergiquement un liquide poisseux vaguement brunâtre formé de coca et de lait. Enjambant rapidement la flaque énorme, elle avance du côté des escaliers descendant vers les étages inférieurs. La gloutonne sent une fois de plus son œsophage se rebeller. Elle s'appuie sur les murs juste au-dessus des marches puis hoquète violemment. Une infâme mixture pâteuse résultant du brassage gastrique s'éclabousse longuement en coulant lentement vers le bas. La jeune femme s'agenouille, cette fois les mains appuyées par terre. Immédiatement, sous trois rots brefs, mais sonores, des torrents de gerbe se propulsent de la bouche de Melinda, dégringolant sous de longs filets épais et gluants les marches de l'escalier. Durant les presque quatre minutes suivantes, une symphonie de raclements de gorge, de quintes de toux et d'autres éructations prolongent l'écoulement de vomi au vu des volumes projetés, moins fournis.

De haut, la femme forte admire, honteuse et confuse, les innombrables grumeaux qui s'étalent magistralement sur tout l'escalier, liés par un liquide aux émanations et à l'aspect très peu engageants. Sa gêne augmente lorsque quelques voisins de palier, autant surpris que révulsés par tant de vomissures, accourent voir le spectacle sui generis qui s'offre à leurs yeux.

Munie d'une serpillère, d'un torchon et d'un seau, Melinda débarrasse le sol de son énorme repas magnifiquement restitué. Environ une heure est nécessaire pour cette opération.