« JE T’AVAIS PRÉVENU » (ÉMÉTOPHILIE PRÉCOCE ?)

Malgré leur jeune âge, Sidonie, huit ans et Etienne, neuf ans, sont très proches. Ils aiment bien s’amuser, parfois en usant de tours les plus loufoques. Un peu comme aujourd’hui, aux dépens du jeune garçon…

Sidonie a été déposée presque une heure avant les cours par ses parents. La cour de récré est quasiment vide. Le compagnon de la fillette arrive environ une quinzaine de minutes plus tard et trouve son amie plus calme que de coutume.

-         Sido, tu as l’air patraque. Qu’est-ce qui se passe ?

-         J’ai pas trop envie de jouer ni de courir ce matin. Je me sens un peu lourde. Je crois que j’ai un peu trop mangé

En effet, la gamine venait de consommer une belle quantité de céréales suivie d’une assiette de soupe aux nouilles et d’un gobelet de jus de raisin. Elle s’était gavée et cela se voyait légèrement sur son ventre. Etienne, débordant d’imagination et d’humour, propose un truc de ouf :

-         Je vais t’aider à te soulager

-         Ah bon ? Comment ?

-         Je vais t’enfoncer mes doigts dans la gorge

-         Beurk ! Pas question !

-         Allons, Sido ! Tu vas aimer. Tout sortira et tu seras plus légère

-         T’es sûr, Etienne ?

-         J’ai vu ça à la télé. Parait que ça marche, des fois

-         Comme tu veux. Ce jeu a l’air d’être drôle

Le garçon part se laver les mains au robinet, revient quelques secondes plus tard et débute ses folies. À quatre ou cinq introductions, Sidonie toussote et parfois éructe, mais sans gravite. Au sixième essai d’Etienne, elle s’exclame :

-         Bon, là, ça suffit. Cette fois, je crois que si tu mets encore tes doigts, je vais dégueuler, je le sens

-         Génial ! C’est bien pour cela que je suis là, non ?

-         OK, mais je t’aurai prévenu. Tu risques pas d’apprécier…

-         Bof…

Dès que l’index du garçon touche la luette de la mioche, elle hoquète violemment. Le jus de raisin, une partie de la soupe aux nouilles et des céréales remontent à grande vitesse. Etienne retire sa main déjà dégoulinante de gerbe et au même instant, Sidonie expulse de sa bouche un flot qui atterrit tout droit sur le polo et la culotte du jeune homme en une masse chaude et visqueuse. La fille se retourne, se penche, rote fortement, ce qui libère une grosse projection qui s’éclabousse devant la porte d’entrée de quatrième. Après plusieurs quintes de toux, son estomac se vide entièrement sous plusieurs filets pâteux. Ce n’est ni beau a voir, ni bon à sentir.

Les lèvres et les joues souillées de vomi, Sidonie regarde piteusement son compagnon en sanglot et lui répète : « Je t’avais prévenu, Etienne… ».