Dègue en série

Ce mardi à la cantine du lycée, le cuisinier de service constata qu’il avait trop forcé sur l’huile dans le poulet, que la mayonnaise n’était pas de toute dernière fraîcheur et que le lait semblait avoir tourné suite à une douteuse conservation. Or fallait absolument tout écouler en un jour : pas question de tout jeter à la poubelle. Main comme un renard (pour ne pas dire idiot comme ses pieds), ledit cuisinier assaisonna les plats de pas mal d’épices et ajouta des édulcorants au lait pour masquer le goût éventuellement frelaté. Et les filles de l’établissement, béotiennes patentées, apprécièrent apparemment la bouffe du jour, au point que quasiment toutes en redemandèrent. Ainsi, c’est la panse bien pleine qu’elles poursuivirent les cours.

11 h 00’. Liane, 14 ans, sans prévenir personne et sans une éructation, dégueula d’un coup ce qu’elle a pris il y a environ 45 minutes. Ce fut très brusque, très bruyant, abondant et malodorant. Une flaque informe se forma par terre alors que le reste de la classe criait de surprise. Aurélie, la voisine de Liane, ne supporta pas le spectacle. Envahie de nausées, elle se pencha vers la fenêtre juste à sa gauche, hoqueta violemment et expulsa de copieuses quantités qui s’éclaboussèrent anarchiquement trois étages plus bas. Par bonheur, personne ne passait par là à cet instant.

11 h 15’. En classe Terminale, section sciences com. et administration, Brunette, 17 ans, les bras croisés sur le pupitre et la tête tournée vers le bas, luttait depuis une demi-heure contre une envie de vomir sans cesse croissante. N’en pouvant plus, elle souleva légèrement sa tête et, les yeux fermés et la bouche à peine ouverte, lança un épais jet pâteux sur le torse de sa voisine qui sursauta. Sa blouse et une partie de sa jupe furent couvertes de morceaux de tomates, de choux et d’un mélange mayonnaise-lait-jus d’abricot. L’une des collègues eut le reflexe rapide de tirer le bac poubelle vers Brunette. Une gerbe bien chaude et multicolore tomba par trois fois au milieu des feuilles de papier qui amortirent le bruit et la chute, bien que chaque renvoi eût été bien fourni. Totalement confuse, Brunette se mit à chialer après s’être vidée complètement.

Presque au même instant, vers 11 h 17’, un étage plus bas, Ruth, 15 ans, qui a manifestement dévoré gloutonnement en prenant quatre plats d’affilée, sentit son estomac refuser de digérer la mixture qu’il contenait. En plein cours d’anglais, elle se leva précipitamment en courant vers les toilettes à l’autre bout du long couloir. Eh bien, c’est le couloir qui servit de vomitorium à la petite. En effet, ne sachant pas se maîtriser, ses deux mains appuyées sur l’un des murs, Ruth lança un rot sourd qui libéra un torrent alimentaire le long dudit mur, puis sur le sol. Quelques secondes plus tard, elle avança de quelques pas en direction des chiottes, s’inclina et rendit sans retenue une autre rafale. Après trois toussotements et un autre rot, la dernière gerbe, moins dense, élargit la deuxième flaque.

ا

a schlinguait sérieusement le fermenté.

Melissa, 12 ans, domina son corps durant les cours, mais perdit les pédales dans le bus retour de 12 h 30’. Les cinq bananes et le lait mélangés au plat froid de petits pois, carottes et mayonnaise sortirent de la bouche de l’enfant en quatre désagréables éructations tout en dessinant une flaque imposante et gluante à ses pieds. Les éclaboussures se projetèrent alentour, ce qui souilla plus d’une sacoche et jambes d’élèves. La chaleur qui régnait rendait l’odeur tout simplement insupportable, à telle enseigne que le chauffeur dut stationner le bus afin qu’on nettoie et qu’on passe du désodorisant.

16 h 20’. Pamela venait de prendre son goûter à la maison. Elle sentait cependant que la bouffe de la cantine était toujours dans son estomac. Pour digérer, elle avala deux gobelets d’eau remplis. Elle constata à son grand étonnement que ça ne passait toujours pas, au contraire : son ventre ballonnée, plein de gaz et de liquide, l’obligeait à tout évacuer. D’un pas nonchalant, notre fille de Terminale se dirigea à l’autre bout du jardin, écarta ses jambes et se pencha, les mains sur les genoux. Après un concert de rots et de hoquets, une mixture d’eau et de ce qu’était son goûter jaillit avec force du gosier de Pamela. Moins d’une seconde plus tard, le repas de la cantine sortit en gros paquets visqueux qui agrandirent le vomi par terre et ce, avec force quintes de toux.

8 h 15’ du mercredi. Suite à plusieurs plaintes, une enquête est menée au sein du lycée. La responsabilité de l’établissement étant établie et encore plus celle du cuisinier, ce dernier saute et le préfet se confond en excuses. Hormis quelques vomissures dont il convient d’effacer toute trace, il n’y a pas d’autres dégâts.