17 h 30’. Noëlla rentra de son boulot, fatiguée et affamée. Trop fatiguée pour faire la cuisine. Et assez affamée pour prendre un copieux repas. Ce soir, ce fut de la pizza, dont elle sortit un gros paquet du frigidaire. Quelques minutes aux micro-ondes, le plat était servi. Son séant sur le canapé, tout en suivant en solitaire dans son petit appart une série B, elle engloutit sa pizza tranche après tranche en buvant une boîte de lait frais. Noëlla avait vraiment l’estomac sur les talons, car elle termina tout le paquet et tout le lait en moins d’une demi-heure et ce, avec une facilité déconcertante ! De toute façon, notre jeune femme d’un quart de siècle, plutôt enveloppée, mange à la mesure de son embonpoint. Après cette abondante pitance, en effet, Noëlla se sentit juste rassasiée, mais pas pleine. Si elle le voulait, elle en rajouterait.

Malheureusement pour la meuf, la pizza n’était pas de toute dernière fraîcheur. Suite à une panne d’électricité la veille qui s’était éternisée, la chaîne du froid était rompue. Certes, Noëlla remarqua comme un goût de frelaté, mais elle s’en tapa. Vingt minutes après avoir bouffé, la sensation de satiété fut peu à peu remplacée par une pesanteur indéfinissable qui, à son tour, le quart d’heure qui venait, céda la place à l’inconfort. La jeune femme se mit à transpirer, changea de position sur son divan, mais rien n’y fit. Finalement, elle décida de prendre un peu d’air.

Assise seule sur un banc public en face du jardin d’enfants du quartier, désert à cette heure, elle attendit que son état s’améliore. Peine perdue : les malaises demeuraient désagréablement constants. Noëlla soupçonna la pizza, dont elle prit le parti de se débarrasser. Elle déteste gerber, mais ici, c’était véritablement un cas de force majeure. Apparemment, la nourriture ingurgitée n’était pas loin de l’œsophage lorsque notre meuf enfonça son index et son majeur droits dans la gorge : une mixture faite de lait et de pizza ne tarda pas à s’éclabousser sur le sol, juste une fraction de seconde. Toujours assise, les mains sur le banc, mais la tête penchée, moins de dix secondes plus tard et durant presque autant de temps, la bouche de Noëlla expulsa brutalement sans rot ni hoquet d’énormes quantités pâteuses blanc-beige. Par terre, sous un déplaisant bruit, presque immonde, une flaque large et vraiment dégueu se forma. Ça faisait pas mal de vomi. Toutefois, Noëlla avait l’impression qu’il restait encore quelque chose dans son gros ventre. Une fois de plus, elle enfonça ses doigts. La cinquième tentative lâcha un autre jet, pas très puissant, mais bien fourni, sous une éructation très audible. Une partie du jeans et les pieds de Noëlla étaient tachés de vomissures tièdes et à odeur infecte. Pendant qu’elle dégueulait, la meuf se sentait déjà fortement soulagée. Munie de son mouchoir, elle s’essuya les lèvres, les joues, les sandales et le pantalon, jeta ledit mouchoir dans la flaque de taille respectable. Puis, d’un pas résolu, elle s’en retourna chez elle où elle prit juste une tasse de thé, puis s’endormit.