VOL PERTURBÉ

L’Afrique du Sud est réputée pour certes sa criminalité et sa xénophobie dans les faubourgs, mais aussi pour la qualité de son tourisme et… la profusion des fruits, à fort bas prix. Et Isa, 13 ans, adore les fruits. Plutôt mince, notre jolie ado a toujours cependant beaucoup mangé, sa mère le sait et ne s’en inquiète pas trop, car non seulement le poids de sa fille est raisonnable, mais aussi Isa n’est pas le genre de personnes à gerber pour excès de table. C’est ainsi que sans retenue, lors de son voyage retour vers Entebbe, sa ville d’origine, la gamine se goinfre de fraises et de pêches à l’aéroport et, quelques minutes plus tard, de deux grappes de raisins verts. So estomac est lourd, bien que pas plein : Isa ne se sent même pas rassasiée. Une fois dans l’avion, après une heure de vol, l’hôtesse sert comme repas cet après-midi juste une poignée de riz aux champignons et un morceau de poulet. La gamine finit vite son assiette, qu’elle accompagne d’un demi-litre de jus d’orange. Comme dessert, elle engloutit cinq barres de biscuits au chocolat. Là, Isa se dit avoir bien bouffé et s’endort, la tête sur le torse de sa maman qui, elle aussi, ne tarde pas à roupiller.

Ce que nos voyageuses ont oublié est que c’est la première fois que notre ado prenne un avion. Elle supporte aisément monter dans un bus ou dans un taxi même en plein soleil et sous plusieurs secousses sans ressentir le moindre malaise, même rassasiée. Isa, malheureusement, est sujette au mal de l’air. En plein sommeil, de vives nausées l’envahissent. La fille gigote un peu, mais se rendort très vite. Elle rêve qu’elle court aux toilettes et se penche vers la cuve pour vomir. En réalité, évidemment, elle est assise sur son siège. Sans éructation, contre toute attente, une impressionnante projection semi-pâteuse se propulse de la bouche d’Isa et dégouline sur la blouse de sa mère qui se réveille en sursaut. « Eh, chérie ! », crie-t-elle.

La maman pousse sa fille vers son siège. Toujours les yeux fermés, celle-ci dégobille sans effort un épais mélange de fraises, de riz, de pêches et de biscuits, qui glisse sur son pull jaune, puis sur la chaise et tombe sur le sol moquetté de l’avion. Vite, la mère sort son sac à vomi qu’elle positionne correctement. Un hoquet évacue le même mélange en quantité nettement plus grande. Des volumes plus réduits sont lâchés après six ou sept rots qui ressemblent plus à des toussotements. Le sac est presque rempli d’un liquide nauséabond parsemé de gros morceaux roses et orange. L’odeur qui plane dans les environs ? Simplement épouvantable. Plaquée de vomissure jusqu’au pantalon, Isa est rouge de honte et n’ose même pas lever son visage. Plus qu’énervée, sa mère la tire par un bras, prend son sac à main ainsi que son sac à vomi tout gonflé. Elle se précipite au fond de l’avion, du côté des chiottes. Changement de tenues obligatoire… et nettoyage peu enviable de l’une des hôtesses qui se demande ce qu’elle a fait au Bon Dieu pour passer ce genre d’instant.