PLAQUÉE PURÉE

Astride, 39 ans, légèrement enveloppée, est en mission de service en Grèce, sous un chaud été de juillet. Gourmande de nature, elle vient de consommer plus qu’à satiété dans un petit resto trois lourds plats de purée de pomme de terre à la sauce tomate. Comme elle avait sacrément soif, elle accompagna cela d’un litre et demi d’eau minérale. La voilà toute repue et bien contente, qui pose sa main gauche sur un ventre bombé qui se dessine sur sa blouse brune légère. Après plusieurs caresses sur son bide, elle pousse un gros rot de satisfaction, paie la facture, se lève et décide de se dégourdir les jambes.

Sous un soleil de plomb, elle déambule et prend photos, mais commet l’erreur de marcher trop vite. Elle se permet même de monter et de descendre plusieurs fois de longs escaliers. Trente minutes plus tard, elle est au-dessus d’un petit immeuble, à 20 m du parking auto. Essoufflée, Astride s’arrête un instant. Alors qu’elle tente de retrouver un rythme plus calme, la femme se sent envahie d’étourdissements : tout semble tourner autour d’elle. Vacillante, elle s’agrippe sur le garde-fou, les yeux fermés. Une poignée de minutes plus tard, aux vertiges s’ajoute une profonde et soudaine envie de rendre. Toute pâle, toujours les yeux fermés, Astride lance un hoquet à peine audible suivi d’un flot jaune-rosâtre qui s’éclabousse violemment sur le pare-brise avant d’une magnifique Citroën. Moins de huit secondes après jaillit une autre bonne quantité de purée qui tombe sur le toit de ladite Citroën telle une amibe géante aux tentacules très ramifiés. Les troisième et quatrième rejets, beaucoup plus importants et plus liquides, sont dégorgés sans éructations et à intervalles très courts. La gerbe glisse sur les portières, le pare-brise arrière et tombe par terre en gouttes filantes. Tout aussi gluants sont les filets de salive qui dégoulinent des lèvres d’Astride dont la bouche grande ouverte laisse entendre de fortes quintes de toux.

Les quelques témoins de ce spectacle à peine croyable entourent, estomaqués, la voiture méconnaissable et regardent, d’un air ahuri, l’auteur dudit spectacle. Rapidement, Astride s’éclipse et descend par un autre escalier, loin de la foule qui commence à se former. L’essentiel est que ça va mieux. D’ailleurs, notre femme, le ventre creux, a encore faim et s’en va à un autre resto. Décidément…