Lait chocolaté

Dans un internat de filles, quatre têtes brûlées de Terminale décident de faire un tour au restaurateur de service, un vieux grincheux qui prépare des horreurs à peine comestibles. Une bonne nuit, nos voyoutes s’introduisent dans la vaste cuisine. Elles y prennent une grosse boîte de Nesquick qu’elles diluent dans environ six litres de lait écrémé dans une grosse casserole. Deborah, la plus enveloppée, mais aussi la plus gourmande du quatuor, prétend engloutir tout ce liquide en un rien de temps. Elle qui a déjà pourtant bouffé il y a à peine 45 minutes un énorme sandwich. Aussi étonnant que cela paraisse, elle tient son pari !

En effet, tasse après tasse, gorgée après gorgée, en seulement 20 minutes, la marmite se retrouve vide et l’estomac de Deborah plein à craquer. Toute repue et nauséeuse, notre fille touche son ventre de ses deux mains. Le moindre tapotement laisse entendre et produire de désagréables clapotis.

Assise sur une chaise assez haute, son menton posé sur la table, mais en direction du sol, les mains sur les joues, Deborah rote violemment, les yeux fermés. La septième éructation, paradoxalement moins violente, laisse couler à flot, très bruyamment par terre, un liquide rosé parsemé de grumeaux. Les éclaboussures s’étalent au loin. Les quatre hoquets suivants projettent monstrueusement du gosier de la grosse fille de grandes quantités qui jaillissent telles des fontaines lactées. Une bonne partie du sol est recouverte d’un mélange brun-rouge d’humeurs gastriques, de sandwich et de lait qui exhale de drôles de senteurs. Plusieurs pieds de sièges sont maculés du même dégoûtant mélange. Deborah a manifestement rendu avec déraison.

Le sale travail accompli, notre grosse gerbeuse ferme la porte de la grande cuisine une fois ses compagnes sorties. Les têtes grillées s’en retournent au dortoir en silence et dorment candidement.

C’est le cuisinier qui eut une attaque lorsqu’il vit son lieu de service en mauvais état de propreté. Les fauteuses ne furent cependant jamais attrapées.