Boulimique d’un jour

Dernier jour des cours en ce mois de juin. Le dernier exam vient d’être passé. Philomène, 15 ans, et le reste de la promo, au lieu d’aller en boîte (ils sont quand même moraux, ces gosses !), préfèrent se taper un repas dans un resto à deux pas de chez notre fille. Chacun a le droit de se servir autant qu’il veut.

Eh bien, Philomène n’a jamais manqué d’appétit et ses amis le savent bien. Elle n’est pas si grasse que ça, mais mange un peu de tout, tout le temps et en quantité. Alors que ses camarades consomment modérément, notre ado ne se fait pas prier : elle avale un gros bol de soupe de nouilles à l’entrée, enchaîne avec une assiette pleine de riz à la sauce de porc et comme dessert, trois mangues bien charnues. Les amis la regardent, étonnés, jusqu’à la fin de son repas. Puis l’un d’eux lance : « Philo, la gourmandise est un vilain défaut et pour une meuf, c’est pas pratique pour avoir un mec ». Tout le monde se marre, notre fille également. La compagnie se sépare dix minutes plus tard.

Cependant, Philo n’est pas encore rassasiée. À quelques pas de son domicile, elle s’achète deux glaces à la vanille et une boîte de chips. Ça tombe bien, ses parents sont absents. Elle bouffe rapidement le tout et estime s’être bien rempli la panse.

Soudain, une envie de culpabilité envahit Philomène. Peut-être ses amis ont-ils raison d’affirmer qu’elle mange trop. Qui sait ? Il se peut que les gars la fuient parce qu’elle est enveloppée. Dégoûtée, elle se dit que plus jamais elle ne consommera démesurément. Et pour commencer, il est impératif de se vider.

Or Philo vomit plutôt rarement. Même malade, elle a coutume de garder et de digérer ses plats. Elle se demande comment s’y prendre. Notre ado se décide de boire de l’eau tiède jusqu’à ce qu’elle ne sache plus rien avaler, ce qui est fait : un litre et demi de plus dans son ventre tout gros et prêt à exploser. Notre fille va à la douche romaine et se penche, les mains sur les cuisses. Aucune envie de gerber. Elle se rappelle alors un truc qu’elle a vu sur le Net à YouTube. Munie d’une brosse à dent, elle enfonce lentement le côté où l’on tient dans sa gorge.

Réaction aussi immédiate que spectaculaire : un rot très bref s’accompagne instantanément d’un rejet fourni d’eau, de glace et de chips durant presque six secondes. Suit un autre rot plus fort qui laisse tomber d’un bruit liquide et continu d’énormes gorgées de riz, de mangues et de nouilles à peine mâchées. Toujours en positon penchée, notre fille fait sortir de sa bouche et de son nez un autre torrent assez épais et richement coloré sans la moindre éructation. Le bas de la douche ressemble désormais à une drôle de pizza où l’orange et le jaune dominent, parsemée de grumeaux divers et étalée en éclaboussures ramifiées, le tout à l’odeur peu ragoûtante.

Philo, voyant son sale travail, a honte et se met à pleurer. Tout ça est sorti de son corps ! Depuis lors, elle se discipline et mange normalement.