La déco de l’urinoir

Les vendeuses de friperies et de légumes des marchés africains semblent compenser leur oisiveté avec une gloutonnerie hors norme. L’une d’entre elles en a fait les frais…

Mama Nicole, femme d’un certain âge assez corpulente, en guise de petit déjeuner, ingère des quantités étonnantes. Deux gros pains sont beurrés de tout un avocat, qu’elle va manger avec un bol rempli de bouillie d’environ un litre et demi plein à ras bord, bouillie mélangée à plusieurs sachets de lait en poudre. Le tout est consommé à vitesse grand V.

Or il se trouve qu’il fait chaud ce jour-là. Une chaleur étouffante qui amplifie les mauvaises odeurs des tomates avariées et des viandes faisandées, le tout sous une atmosphère humide et malsaine. De quoi soulever les cœurs.

Mama Nicole, une heure après son énorme repas, se sent soudain barbouillée. Elle se dit qu’en buvant un peu d’eau, cette sensation passera. Elle prend donc tout un sachet d’eau comme on en vend partout à travers les artères africaines. Malheureusement pour notre vendeuse de légumes, l’eau ingurgitée est tiède, ce qui aggrave son état. Brusquement, elle se lève et demande à sa voisine de surveiller sa marchandise. La main sur sa bouche, elle se précipite aux installations juste derrière.

Dès que Mama Nicole se penche vers l’urinoir, celui-ci accueille brutalement un flot beige-verdâtre sous un rot hoqueteux. La deuxième rafale suit presque immédiatement la première et s’écoule par débordement sur le sol de la toilette en éclaboussures gluantes. Les trois éructations et les quatre toussotements suivants, fort bruyants, libèrent le reste du repas de manière moins abondante, mais quand même remarquable. L’urinoir rempli de vomi laisse tomber des particules de pain, d’avocat et de bouillie lactée sur une flaque élargie juste en dessous. Une odeur de fermenté plane sur les lieus.